Malgré ce constat accablant, l’État organise depuis plusieurs années la vente massive des logements sociaux avec l’objectif de 40 000 unités par an. Or, seuls 6 000 appartements ont été vendus de manière effective en 2008 et 3 600 en 2009. Benoist Apparu, le secrétaire d’État au Logement, expliquait récemment qu’il fallait « trouver de l’argent » en vendant 10 % du parc public sur dix ans, soit 420 000 logements sur un total de 4,2 millions.

L’objectif est de financer de nouveaux logements sociaux dans les zones géographiques tendues. Toujours selon Benoist Apparu, « 1% du parc vendu par an permet de dégager 2 milliards de fonds propres » et de s’appuyer sur les sociétés anonymes (entreprises sociales pour l’habitat, ESH) pour « mutualiser les fonds ».

« La loi SRU dynamitée »

Le mouvement HLM a vivement réagi en dénonçant « une logique de privatisation ». Thierry Repentin, le président de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui fédère 800 organismes HLM, a décrit « une politique déconnectée de la réalité ». Par ailleurs, un accord signé en 2007 par les pouvoirs publics et l’USH stipulait que la vente du parc public devait servir un parcours résidentiel et non « se substituer aux moyens financiers de l’État ». Pour Pierre Laurent, tête de liste du Front de gauche en Île-de-France, « le gouvernement dynamite la loi SRU […] et fabrique de véritables “réserves de pauvres”, d’un côté, et de l’autre, instaure des “ghettos de riches” ».

Dans un courrier au secrétaire d’État en date du 14 janvier, les présidents du mouvement HLM dénonçaient déjà la « détérritorialisation » consécutive au regroupement des organismes en quelques sociétés régionales ou nationales. En clair, ces sociétés auraient de moins en moins d’emprise territoriale quand, par un mouvement de décentralisation, l’État demande aux collectivités locales d’être de plus en plus impliquées dans le financement du logement.

Selon Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, l’État cherche à placer le parc public « sur un dispositif capitalistique calqué sur le “big is beautiful” ». De plus, souligne-t-il, « une ville ou un département ne financeront jamais un organisme interrégional ou national ». Enfin, les logiques financières de ce type de structures reviendraient à ce que les sociétés HLM « ne s’occupent plus que classes intermédiaires ». Et donc, ne construiraient que pour elles.