Afghanistan : les Français disent « non »
Par Régis TRILLES le vendredi 29 janvier 2010, 17:32 - France d'après - Lien permanent
Selon un sondage Ifop-l’Humanité, 80 % des personnes interrogées se déclarent opposées à un engagement militaire supplémentaire de la France. Ouverture de la conférence de Londres hier.
L’enquête mesure également l’état d’esprit de l’opinion britannique : 59 % sont opposés à l’envoi de renforts contre 41 % qui y sont favorables. L’opposition est moins massive outre-Manche mais elle est, malgré tout, majoritaire dans un pays où la grande proximité avec les États-Unis constitue une donnée intangible du débat politique.
Retour en France. En août 2009, les opposants à la participation militaire de la France en Afghanistan représentaient 64 % de la population française et seulement de 44 % en octobre 2001. « L’évolution de l’opinion publique est notable, commente Jérôme Fourquet, directeur des études de l’institut de sondage. L’accélération de l’opposition a été nette après l’embuscade d’Uzbin (en août 2008, 10 soldats français ont été tués et 21 autres blessés). Le recul du soutien est assez marqué dans l’électorat UMP, qui a décroché. » Seulement 26 % des personnes se déclarant proches de l’UMP se déclarent favorables à l’envoi de renforts militaires.
Ce taux d’opposition à une aventure militaire est le plus important en France depuis plus de dix ans, dépassant légèrement le niveau du refus, mesuré en janvier 2003, de la guerre en Irak que l’administration Bush préparait alors. Pour Jérôme Fourquet, « cela montre un scepticisme sur l’utilité d’une intervention militaire dans ce pays. Ce sondage sanctionne une absence de résultats concrets et tangibles. La tâche est encore plus dure pour Nicolas Sarkozy que pour Gordon Brown ».
Le président de la République fera-t-il fi de l’opinion ultramajoritaire des Français ? Lundi soir, lors de sa prestation télévisée, il a certes pris nombre de précautions oratoires, assurant qu’il n’y aurait « pas d’envoi d’unités combattantes ». Pourtant, quasiment au même moment, son conseiller diplomatique, Jean-Daniel Levitte, revendiquait, lors des Dîners de l’Atlantique, le travail « main dans la main » des Français et des Américains en Afghanistan afin de défendre « leurs valeurs communes ». Pas une once de distance.
Dès mardi matin, d’ailleurs, dans un entretien accordé au Parisien, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’Otan, a vendu la mèche : « Nous avons des indications du gouvernement français qu’il annoncera peut-être, après la conférence de Londres, une contribution supplémentaire. » Cette dernière – même si elle prenait la forme d’envoi de troupes « non combattantes » – équivaudrait à accorder un blanc-seing à la stratégie américaine d’escalade militaire.
(1) Réalisé en France du 20 au 22 janvier auprès de 1 024 personnes selon la méthode des quotas. Réalisé en Grande-Bretagne du 8 au 12 janvier auprès de 1 014 personnes selon la méthode des quotas.
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