L’OMS sur la défensive

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ont démarré très fort, hier, à Strasbourg. Les membres de la commission santé de l’organisme qui rassemble 47 pays européens avaient en effet décidé d’auditionner le numéro deux de l’OMS, Keiji Fukuda, et l’un des hauts représentants de l’industrie européenne du vaccin, Luc Hessel (ancien dirigeant du groupe français Sanofi). Tous deux ont tenté de justifier les dispositions adoptées  ; Fukuda affirmant, droit dans ses bottes, que la « pandémie grippale » était indiscutable et justifiant toutes les décisions prises à haut niveau.

Assailli de questions par les parlementaires européens, il est toutefois apparu très vite sur la défensive. Il fut ainsi incapable de donner des réponses réellement satisfaisantes quand il lui fut demandé s’il y avait eu ou non « allégement » de la définition conduisant à la proclamation d’une pandémie. Usant d’une langue de bois à toute épreuve, il s’est réfugié derrière « les dispositions réglementaires adoptées par les experts envoyés par les pays membres de l’OMS ».

Et à la question qui découle de la première – cette instance et un certain nombre d’États n’ont-ils pas été placés sous influence par les puissants groupes pharmaceutiques ? –, il s’est borné à répéter à l’envi que l’OMS « prenait très au sérieux les conflits d’intérêts » et disposait pour cela « de normes strictes demandant à ses experts de signaler leurs engagements » dans le secteur privé. Avant de concéder un peu plus tard, poussé dans ses retranchements : « Il faut faire la part entre la vie publique et la vie privée. Et ce n’est pas toujours facile… » « Nous avons, nous aussi, nos codes », a surenchéri sans rire Luc Hessel, sans indiquer ce qu’il entendait précisément par là.

Il faut clarifier réellement la situation

Il en faudra donc beaucoup plus pour détourner la grande majorité des élus présents à cette audition de la nécessité d’une enquête approfondie qui clarifie réellement la situation. « Il s’agit de pousser à une réorganisation, une démocratisation de l’OMS, pour lui rendre la crédibilité dont elle a besoin », ont souligné plusieurs intervenants. Avis partagé par le professeur Ulrich Keil, éminent épidémiologiste de l’université de Münster (Allemagne), qui a travaillé également au sein de l’OMS et qui, à ce titre, était invité lui aussi à plancher devant les élus du Conseil de l’Europe. « Il convient à tout prix de ne plus se fourvoyer dans la proclamation d’une pandémie, a-t-il indiqué, alors que tous les experts un peu sérieux savaient, dès le départ, que l’affection n’était pas grave. »

« C’est un enjeu décisif », a relevé Keil. Car, sans avoir toute la confiance des opinions publiques, l’OMS ne pourra renouer avec ses heures de gloire, celles qui « lui ont permis d’éradiquer la variole ou la polio en organisant la vaccination de toute la planète ». L’opération grippe A constitue un vaste détournement de fonds publics, « lesquels, ont ajouté plusieurs élus, manquent pour des campagnes de prévention » vraiment utiles contre le diabète, le cancer ou le développement de remèdes contre les maladies tropicales.