Retraite : le chantage
Par Régis TRILLES le mardi 12 janvier 2010, 22:42 - Retraites - Lien permanent
« Je suis harassée, je n’en peux plus. » Il faut lire les témoignages recueillis dans un hôpital public comme il y en a tant dans le pays pour saisir la portée du chantage gouvernemental à l’égard des personnels infirmiers. C’est le dernier volet du plan Bachelot de soumission de ce secteur à la loi d’airain de la rentabilité privée. La mise en concurrence des hôpitaux avec les cliniques propriétés de fonds de pension va de pair, dans le processus de dévitalisation en cours, avec un déficit chronique d’infirmières et d’infirmiers. Il revient alors à ceux qui doivent supporter ce manque d’effectif organisé de jongler avec des conditions de travail des plus pénibles, un stress permanent de l’accident et une vie privée en miettes, en particulier pour les plus jeunes. C’est à ces femmes et à ces hommes-là que la ministre de la Santé ose proposer la remise en question de leur droit à la retraite à cinquante-cinq ans en échange de la « reconnaissance » de leur qualification.
Les retraites seront le « grand-rendez-vous social » de 2010 avait claironné le chef de l’État devant le Congrès, l’an passé, se gardant bien d’en fixer la date avant le rendez-vous des élections régionales… « Il faudra que tout soit mis sur la table, l’âge de la retraite, la durée de cotisation, la pénibilité », disait-il. La manière dont sa ministre de la Santé traite le volet « pénibilité » du travail infirmier lance un singulier coup de projecteur sur des négociations patronat-syndicats qui traînent en longueur, du fait du Medef, depuis 2007. Quel mauvais esprit irait à parler de complicité !
Quelle retraite digne les salariés pourraient-ils escompter dès lors que six sur dix d’entre eux ne sont déjà plus en activité lorsqu’ils « liquident » leurs droits ? « Tout », disait Nicolas Sarkozy ? Mais alors aussi d’autres sources de financement ? Les entreprises ont gagné 50 milliards d’euros en quinze ans grâce à la baisse de 2,5 % de leurs cotisations sociales dans les richesses produites. On continue dans les cadeaux indistincts ou on module en fonction de celles qui investissent dans l’emploi, la formation et la qualification ?
On privilégie la retraite par capitalisation, qui profite avant tout à la finance, puisqu’il faudrait, nous dit la Fédération française des sociétés d’assurances, y placer un mois de salaire par an dès l’âge de trente ans pour gagner en plus 15 % d’une pension amputée de plus de la moitié de son ancien salaire ? Ou, comme le propose la CGT, on met dans la balance les durées de formation, de chômage ? On mène une politique industrielle ambitieuse, créatrice d’emplois et de cotisations, ou on laisse la précarité devenir la règle ? Le chantage ou la solidarité ? Oui, il y aura de grands débats en 2010, qui ne se calqueront pas forcément sur l’agenda élyséen.
Commentaires