La droite titillée par ses vieux démons
Par Régis TRILLES le vendredi 25 décembre 2009, 20:37 - Actualité - Luttes - Lien permanent
Le débat sur « l’identité nationale » lancé par Nicolas Sarkozy semble désormais hors de tout contrôle, donnant lieu à toutes sortes de dérapages. Le dernier étant signé de l’ancien garde des Sceaux, Pascal Clément, député UMP, qui aurait déclaré lors d’une réunion de son groupe à l’Assemblée nationale, au départ consacrée au débat sur le hidjab : « Le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ce ne sera plus la France. »
Après les propos de Nadine Morano sur les jeunes musulmans à casquette qui parlent le verlan, le conseiller du chef de l’État, Henri Guaino, enfonce le clou dans le Figaro d’hier, en spéculant sur la « crise identitaire » : « L’immigration, la religion, cela fait partie du débat. Mais ce n’est pas tout le débat. »
Mais la boîte de Pandore ouverte à cette occasion génère des dommages collatéraux imprévus, comme le montre la fracture créée à droite par les surenchères auxquelles ce débat donne lieu. Mardi soir, une responsable gouvernementale aurait ainsi claqué la porte de la réunion des députés UMP. Nora Berra, secrétaire d’État aux Aînés, a ainsi voulu envoyer un « signal fort » aux parlementaires de l’UMP. Tout se passait bien, a-t-elle expliqué, « jusqu’au point où un député (Pascal Clément – NDLR) allaient tenu ce genre de propos (sur les minarets – NDLR) qui pour moi allait à l’encontre de la règle et du fondement de la laïcité ». Embarras à droite.
« Un sujet traité comme une “réflexion de comptoir ” »
D’autres membres du gouvernement se sont désolidarisés de l’ex-ministre de la Justice, comme Nathalie Kosciusko-Morizet et Martin Hirsch, ce dernier estimant qu’il y a des « bornes à ne pas franchir ». Quant à ceux qui sont venus à la rescousse de Pascal Clément, c’est pour affirmer, à l’instar de Luc Chatel, qu’ils n’avaient rien vu, rien entendu. De son côté, l’intéressé a démenti, hier, avoir tenu les propos contestés, les imputant même à… Nora Berra. La confusion est donc totale à droite, chacun se renvoyant comme une patate chaude la responsabilité des dérapages occasionnés par le débat sur l’identité nationale.
D’autant que Martin Hirsch, Nathalie Kosciusko-Morizet et Nora Berra ne sont pas les premiers, à droite, avoir mis en garde contre les dérives d’un tel débat. Avant eux, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est inquiété d’un sujet traité comme une « réflexion de comptoir ». Christine Boutin a quant à elle estimé que cela ne « peut que redonner de l’oxygène au FN ». Quant à François Baroin, il a, tout comme Dominique de Villepin, demandé à « suspendre le débat ».
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