Tous deux acceptant finalement que les militants tranchent après les élections régionales de mars 2010. Un cap électoral que Ségolène Royal devra au passage franchir sans embûche pour aspirer à rester dans la course à la présidentielle.

Le courant qui focalise aujourd’hui toutes les ambitions a ceci de singulier qu’il milite ouvertement pour une recomposition de la gauche incluant le Modem. Avec l’argument qu’une telle union est incontournable pour qui veut battre Nicolas Sarkozy en 2012. Outre que l’addition de scores n’a jamais fait une élection, un tel projet aurait pu se voir tempéré par la dégringolade des listes de François Bayrou (8,4 %) aux élections européennes. Il n’en fut rien, bien au contraire.

C’est Vincent Peillon lui-même qui a remis en piste le Modem après son piteux résultat, organisant à Marseille, le 21 août dernier, l’événement médiatique d’un rassemblement « progressiste » où Marielle de Sarnez a joué les premiers rôles. Le repêchage du Modem par le PS le démontre, le vœu de battre la droite n’explique pas à lui seul la recomposition politique en cours. Elle trouve ses racines dans la volonté d’une partie du PS, dont Ségolène Royal et Vincent Peillon sont les plus ardents promoteurs, d’installer en France un bipartisme où l’UMP et un grand « pôle démocrate » se partageraient le pouvoir, en alternance.

Sans surprise, ce sont les mêmes qui ont poussé Martine Aubry à accepter le principe de primaires de toute la gauche en 2011. Qualifié de « projet politique d’envergure », par Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand, auteur d’un ouvrage sur la question, les primaires ont aussi vocation à découper en deux l’échiquier politique. Deux forces et deux leaders pour les incarner. Remarque significative des auteurs, piochée dans un long argumentaire à la gloire des primaires: « Personne depuis 2002, au Parti socialiste, n’avait ne serait-ce que posé la question des alliances, alors que François Bayrou avait de fait basculé dans l’opposition depuis le début de la mandature. » Plus préoccupant, en déportant à droite son centre de gravité, une partie de la gauche enterre l’hypothèse d’une transformation politique et sociale en France.

En attendant, Martine Aubry appelle avec ironie Ségolène Royal et Vincent Peillon à plus de « fraternité ».