Au coeur de celle-ci : une conception de « l’homme déterminé par ses tares, ses gênes », du gène du suicide à celui de la pédophilie, mais en aucun cas par son environnement social  : « Tout ce que nous disent depuis plus d’un siècle les sciences sociales n’existe pas. » Le pilier de cette idéologie, c’est « la peur des autres, bien sûr, mais aussi la peur de soi, de sa propre part d’ombre », explique Serge Portelli. Ainsi tout devient « simple : il y a ceux qui ont fait le choix du bien et ceux qui ont fait le choix du mal ». Une fois évacuée la question de la complexité sociale, reste à apporter « des réponses, tout aussi simples et mécaniques  ». Car, selon lui, la médiatisation de tel ou tel acte délictueux n’est que « l’occasion saisie par le pouvoir pour légiférer afin d’appliquer méthodiquement son idéologie ».

« La démocratie meurt quand on brûle les livres, mais elle commence à mourir lorsque l’on brûle les mots », prévient celui qui propose à la gauche, face à la « novlangue sarkozyste  », de « reprendre possession des mots, de redresser son discours ». Mais la gauche est également questionnée sur son rapport aux institutions. « Avant moi, les institutions n’étaient pas près de moi, elles seront mauvaises, mais pendant que j’y suis, elles conviennent  », ironise le constitutionnaliste Dominique Rousseau, faisant référence à François Mitterrand, l’homme du « coup d’État permanent ». Une légèreté pour la gauche à traiter la question institutionnelle qui s’est poursuivie sous l’ère Jospin avec l’inversion du calendrier électoral en 2002.

À la clé, une présidentialisation du régime, et des députés privés de toute autonomie tant leur succès dépend désormais du résultat de l’élection présidentielle qui précède. En résumé, « la gauche est à l’origine de la pratique privative du pouvoir exercée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy  ». Dominique Rousseau, la question institutionnelle est essentielle pour la démocratie. L’évacuer pose le risque d’imposer « une démocratie de d’acclamation » se substituant à de réels « espaces de délibération ». D’ailleurs, « les institutions sont considérées par Nicolas Sarkozy comme un obstacle à son pouvoir. Au moment où il parle, il voudrait que sa parole fasse droit », explique le constitutionnaliste.

La démocratie a-t-elle pour destin de « s’arrêter aux portes de l’entreprise », aux frontières entre institutions et citoyens ? Maryse Dumas (CGT) plaide « pour de nouveaux droits permettant aux salariés de dépasser le lien de subordination qui les lie aux employeurs ». En jeu ? La possibilité donnée aux travailleurs « d’intervenir dans les choix économiques et stratégiques de l’entreprise ». La mondialisation et la financiarisation de l’économie conduisent à « une dissolution des lieux de pouvoir et de décision  ». « Où sont-ils, qui sont-ils les actionnaires ? interroge la responsable de la CGT. Ces réalités nouvelles percutent le monde syndical autant que politique. »

Mais elle se veut très claire : quelle que soit la légitimité de la représentation syndicale, « en aucun cas les accords trouvés au sein des entreprises ne doivent déroger à la loi ». À ce besoin de « démocratie sociale » s’ajoute la nécessaire « création d’espaces délibératifs au niveau des territoires  » pour faire vivre une véritable « démocratie participative  ». Fort de son expérience en Rhône- Alpes, où il a réussi à réunir plus de 400 citoyens vivant dans la précarité pour débattre de ces situations, le vice-président communiste de la région, François Auguste, travaille, lui, à reconnecter citoyens et institutions.

Reste un immense chantier, où la question démocratique trouve parfois dans la pratique un début de réponse : l’immense succès de la votation citoyenne contre le changement de statut de La Poste n’en fait-il pas la démonstration  ?