Quelles peuvent être les raisons du succès de cette votation ?

Une nouvelle forme de lutte fait son apparition qui permet au peuple d’imposer la démocratie quand le pouvoir refuse d’entendre les citoyens. Ceux-ci s’expriment de leur propre initiative et le gouvernement se retrouve face à un dilemme : tenir compte de l’opinion et revoir son projet, ou pratiquer le coup de force. Cette forme d’action fédère facilement autour d’une revendication ou d’une opposition à un projet jugé néfaste. Elle permet de mesurer un rapport de forces de manière originale, par un vote. Elle exprime enfin l’aspiration à l’unité qui anime le monde du travail : l’idée que tous ensemble, on représente une force considérable. En 1995, on avait parlé, à propos de la vague de sympathie qui entourait le conflit des cheminots, de « grève par procuration ». Dans une votation, il n’y a plus besoin de procuration.

Un attachement fort au service public

Une fois de plus se trouve vérifié le profond accord du monde du travail avec le modèle social issu du Front populaire et du programme du Conseil national de la Résistance. Au-delà du monde du travail, un véritable consensus parcourt le pays sur des questions-clés comme les services publics ou la protection sociale, qui rend difficile la volonté destructrice de la droite rêvant d’en finir avec ces conquêtes sociales. Cette irruption citoyenne n’est pas sans rappeler la campagne du référendum sur la Constitution européenne. La propagande du « oui » n’est jamais parvenue à abuser nos concitoyens hostiles à la loi de la concurrence libre et non faussée.

La gauche dans le coup

Troisième clé de la réussite : une fois n’est pas coutume, on a assisté à l’articulation de l’action entre les syndicats, les mouvements associatifs et une gauche tout entière rassemblée et pleinement engagée dans l’action. Les élus ont contribué au succès de la réussite de la consultation. Mais l’essentiel est de savoir si toutes les forces de gauche retiendront la leçon politique du 3 octobre : c’est sur des questions de contenu que doivent se nouer des alliances et se conclure des accords, et non sur des enjeux de leadership. Ce qui a été possible pour la défense du service public postal peut s’étendre à d’autres domaines.