Un succès qui bouscule le débat sur La Poste
Par Régis TRILLES le mardi 6 octobre 2009, 23:14 - Services Publics - Lien permanent
Votation citoyenne . Le résultat est sans appel contre la privatisation, mais pour la gauche et les syndicats, pas question de s’arrêter là. De son côté, le gouvernement tente un passage en force. Ce devait être une conférence de presse, cela s’est transformé en fête. Hier matin, pendant qu’à l’UMP, les porte-flingues de Nicolas Sarkozy perdaient allègrement les pédales après le succès populaire de la votation citoyenne sur l’avenir du service public postal, les membres du Comité national contre la privatisation de La Poste, fédérant partis politiques (PS, Verts, PCF, PG, NPA, Alternatifs, etc.), syndicats (CGT, SUD, FSU, FO, CFTC), associations et collectifs de défense des services publics, ont livré aux nombreux journalistes les premiers chiffres officiels. Dans la joie et la bonne humeur, pas peu fiers de leur réussite et de son moteur incontestable, leur unité.
Le Comité national veut voir Sarkozy
Fort de cette première victoire, le Comité national considère que « la mobilisation conjuguée des postiers, des usagers et des élus conditionne la mise en échec du projet gouvernemental ». Pour la gauche et les syndicats organisateurs de la votation citoyenne, « le président de la République et son gouvernement doivent entendre ce verdict sans appel et renoncer définitivement à cette loi. La Poste appartient à toutes et à tous, aucune modification du statut de La Poste ne peut se faire sans l’organisation d’un référendum ».
Et Nicolas Galepides, une des chevilles ouvrières du comité, d’insister devant la presse : « Ce projet est inepte. Il doit être retiré pour que nous puissions débattre publiquement de l’avenir de La Poste. Le résultat de la votation démontre que c’est l’affaire de tous, nous voulons avoir les vrais interlocuteurs autour de la table, et pas seulement la direction de La Poste. Le service public, cela concerne les gens qui s’occupent de l’aménagement du territoire, du social, de l’économie et de plein d’autres encore… »
Dès aujourd’hui, les comités locaux sont invités à rencontrer les sénateurs et les députés de leurs départements pour exiger le retrait du projet de loi, et à communiquer officiellement les résultats de la votation aux préfectures. De son côté, refusant d’entrer dans le bal des petites phrases avec les seconds couteaux de la majorité présidentielle, le Conseil national demande à être reçu par Nicolas Sarkozy qui, hier matin, au cours de son discours sur les PME, s’est bien gardé de réagir directement à la votation citoyenne, ainsi que par les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale.
« Si le gouvernement veut croire qu’il y a tromperie sur le résultat de cette votation exceptionnelle, il a un moyen très simple de lever le malentendu, c’est d’organiser une consultation sur l’avenir de La Poste sans tergiverser », fait observer Pierre Laurent, coordinateur national du PCF. « Si le gouvernement n’organise pas un référendum, nous le mettrons au défi de regarder le résultat de la prochaine votation, déclare Benoît Hamon, porte-parole du PS. Vous verrez qu’on doublera les résultats, au minimum ! »
Passage en force au Sénat
Il y a urgence, en fait, car derrière les gesticulations visant à discréditer l’initiative et la grossière manoeuvre de Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée nationale, qui promet d’examiner le texte nécessaire à la mise en oeuvre du référendum d’initiative populaire « avant juin 2010 » - soit bien après l’adoption voulue par la droite du projet de loi sur La Poste -, le gouvernement tente désormais un réel passage en force. Hier après-midi, Henri de Raincourt, ministre chargé des Relations avec le Parlement, a annoncé que le projet de loi sur le changement de statut de La Poste, qui n’était pas encore inscrit à du jour, serait examiné dès la semaine du 2 novembre prochain au Sénat.
Selon le ministre, il pourrait ensuite arriver à l’Assemblée nationale dans la semaine du 14 décembre. Ce calendrier, présenté comme purement technique, masque mal un véritable déni de démocratie. Président du groupe socialiste au Sénat, Jean-Pierre Bel pose l’exigence du « retrait du texte ». Le groupe communiste, républicain, citoyen et Parti de gauche promet de relayer cette « mobilisation populaire salutaire » par le biais d’une motion référendaire sur l’avenir de La Poste.
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