La dégradation de ses conditions de travail, Claudine la constate « depuis longtemps », « lentement » depuis qu’elle a commencé, en 1975. Infirmière dans un service d’urgence d’un hôpital de l’Assistance publique de la banlieue parisienne, cette infirmière avoue ne pas être étonnée « de tout ce qui arrive ». Certes, comme tous ses collègues, elle a été « bouleversée » par le décès accidentel du petit Ilyès, survenu le soir de noël. Mais comme ses collègues, elle reconnaît que « des cas comme ça, même s’ils n’ont pas abouti à un drame, on en a tous connu ». « Les confusions sont possibles, car les conditionnements des ampoules sont similaires. L’erreur est d’autant plus facile. Quand on le signale, on nous répond qu’on doit faire attention. C’est vrai. C’est notre responsabilité. Mais c’est sans compter la surcharge de travail, la fatigue, l’affluence. »

La leçon que l’infirmière tire des drames des jours précédents, c’est que les usagers ont été mis au courant. « Il faut que les gens sachent qu’on travaille dans une poudrière. On peut exploser à tout moment. » Dimanche, jour où un homme est décédé faute de place en réanimation, le pire a bien failli arriver dans le service de Claudine. « On a vu la santé d’un patient de quatre-vingts ans se dégrader. Il fallait l’hospitaliser en réanimation. L’un des deux médecins a passé plusieurs heures pour lui trouver une place. Et pendant ce temps-là, il ne s’occupait pas des autres malades. »

Dans des conditions extrêmes…

Lits fermés par manque de personnels, effectifs minimaux… « Notre quotidien, c’est de tirer tout le temps sur la corde », résume Claudine, très inquiète de la tournure des événements. « Aujourd’hui, on demande aux familles de brancarder les patients jusqu’à la radio parce qu’il n’y a plus de brancardiers. Pas assez rentables, nous dit-on. Et on est aussi obligé de demander aux familles de donner à manger à leurs malades. Bientôt, ce sera la toilette. Je vois déjà le glissement… » confie, dépitée, l’infirmière.

Des témoignages de ce type, il en existe des milliers. Qu’importe, la ministre de la Santé maintient le cap, répétant que les accidents survenus ces derniers jours ne relèvent pas d’un manque de moyens, mais d’un problème d’organisation. Et malgré les interpellations des politiques, des professionnels de santé et des syndicats, aucune mesure correctrice n’a été prise depuis dimanche alors que se profile le pont du jour de l’An.

Alerte rouge pour ce week-end

« Lundi à 18 heures, il n’existait plus aucune place de réanimation dans l’Essonne », rapporte ainsi l’association des urgentistes. De son côté, le SAMU de France a lancé une alerte rouge pour la fin de semaine. « Les SAMU rencontrent des difficultés qui risquent de devenir insurmontables dans les prochains jours (…) si aucune mesure corrective n’était prise », souligne Marc Paris, le président de SAMU de France. L’association demande la réouverture de lits de réanimation et réclame aussi « un appel des préfets et des présidents de l’ordre aux médecins généralistes afin qu’ils assurent leur obligation de continuité de soins ». « La très forte charge de travail à laquelle sont soumises les structures hospitalières d’urgence est susceptible de multiplier les risques d’erreur humaine », répète le SAMU de France.

La ministre ne pourra pas dire qu’elle n’a pas été prévenue.