Après la longue bataille parlementaire sur la réforme de l’audiovisuel, l’Assemblée nationale a engagé mercredi soir dans un climat tendu le débat sur le travail dominical, contre lequel la gauche a d’ores et déjà promis une "opposition acharnée".

Enervé, le chef des députés UMP Jean-François Copé avait confié en fin de soirée qu’il entendait demander au gouvernement de ne pas reprendre les débats comme prévu jeudi après-midi.

Le Premier ministre François Fillon a annoncé jeudi sur Europe 1 que les débats parlementaires sur le travail dominical reprendraient "tranquillement en janvier, après que les esprits se soient calmés".

Jean-François Copé avait justifié sa demande de levée de séance mercredi soir en jugeant qu’"un député communiste, Maxime Gremetz, (avait) voulu agresser un de (ses) amis député UMP". "Les conditions du débat étaient impossibles", avait-il dit.

La proposition de loi de Richard Mallié (UMP) sur "les dérogations au travail dominical" avait aussi suscité une levée de boucliers dans les rangs de la majorité, nécessitant la mise au point d’un compromis lors d’une réunion autour de Nicolas Sarkozy, qui exigeait son examen avant Noël.

Le PS pour sa part a déposé plus de 4.000 amendements contre le texte.

Pour le communiste Roland Muzeau, "ce texte témoigne du même acharnement à vouloir envoyer tous les salariés de France travailler le dimanche". "Loin d’être une reculade, ce texte est une attaque frontale contre la réglementation du travail", a-t-il affirmé.

"La droite a fait preuve d’un incroyable acharnement à piétiner les droits démocratiques et parlementaires. Ce texte, qui n’aurait jamais dû être inscrit à l’ordre du jour des débats, l’a été sous le diktat d’un président de la République omniprésent et décidé à ridiculiser le travail législatif", ajoute Roland Muzeau.

"Sous couvert de compromis, Sarkozy impose un texte encore pire en trompant les députés de la majorité et l’opinion publique hostiles à l’extension du travail du dimanche", a déclaré de son côté Martine Billard (Verts).

La session de l’Assemblée s’interrompt le 22 décembre et doit reprendre le 5 janvier."Il y a beaucoup d’énervement à l’Assemblée. C’est pas complètement anormal, c’est la fin de l’année, le gouvernement a beaucoup travaillé, vous le savez, on a voté 55 réformes depuis 18 mois", a déclaré le Premier ministre.

"La gauche est passée, en particulier le Parti socialiste, par des moments extrêmement difficiles ces dernières semaines, avec ses tensions internes. Elle essaie de les faire oublier avec une opposition qui tourne à l’obstruction, je crois qu’il faut que le calme revienne", a-t-il dit.

Les principales mesures du texte

Si le texte est adopté en l’état, les commerces alimentaires, qui aujourd’hui peuvent ouvrir jusqu’à 12h00 le dimanche, pourront ouvrir jusqu’à 13h00.

Dans les zones touristiques, où aujourd’hui ne peuvent ouvrir que les commerces de ventes au détail de produits culturels, sportifs et de loisirs, l’ensemble des commerces de détail pourront ouvrir.

La proposition de loi prévoit la possibilité de créer, dans les grandes agglomérations de plus d’un million d’habitants, un périmètre d’usage et de consommation exceptionnel.

Richard Mallié a expliqué que dans ces périmètres, le préfet pourra donner une dérogation sur demande des conseils municipaux et de communautés à condition "qu’il y ait un accord entre les partenaires sociaux prévoyant des contreparties financières, un repos compensateur et le volontariat du salarié".

Dernier point, les "dimanches du maire" actuellement au nombre de cinq vont passer à huit.