Le matin, sur France Inter, Xavier Bertrand, ministre du travail et homme fort de l’UMP, que l’on présente parfois comme son probable successeur, l’avait précédé : « Attendons les chiffres, attendons les chiffres… » Quelles dérisoires manoeuvres de petite politique quand le monde et la France affrontent désormais une crise économique et sociale d’une ampleur jusqu’alors inconnue. C’est bien le gouvernement de la France, aux responsabilités, comme on dit, qui chipote, qui biaise, qui truque ?

On eut même le sentiment avec Xavier Bertrand qu’il prenait, en plus de cela, les Français pour des demeurés. Ainsi justifiait-il l’extension du travail du dimanche au nom de la protection des salariés. Car, expliquait-il en substance, les amendes forfaitaires payées par les entreprises qui ouvrent en toute illégalité finissent par peser sur l’emploi. En d’autres termes il suffit de légaliser l’illégalité et de casser le Code du travail pour défendre les travailleurs ! Et d’entonner, une fois de plus, le refrain de l’apparent bon sens : « Comment voulez-vous gagner plus sans travailler plus ? » Eh bien, mais en augmentant les salaires, par exemple. L’Allemagne vient bien de le faire pour une partie des salariés.

Mais non. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy entend non seulement garder son cap, mais se servir de la crise pour aller plus vite dans son entreprise de démantèlement des acquis sociaux et des solidarités. Il entend se servir du chômage pour rendre toujours plus flexible le marché de l’emploi : « L’activité partielle, c’est préférable au chômage total. » Les propos du chef de l’État, mardi à Valenciennes, sont une annonce.

Alors que l’on prévoit dans les lois à venir plus de trois cent mille suppressions d’emplois, il entend d’ores et déjà habituer l’opinion à de nouvelles remises en question du contrat de travail. Il doit annoncer dans une semaine son plan de relance de l’activité économique. On peut en prendre le pari, il sera encore question d’assouplissement, de baisses de charges pour les entreprises…

Aux salariés de payer la crise tout le temps qu’elle durera et de bien les préparer à la reprise quand elle viendra, à la mode du MEDEF.

La belle réforme du capitalisme que voilà, quand il ne s’agit de rien d’autre que de faire repartir la machine à profit et à dividendes ! Les bénéfices des groupes du CAC 40 auront augmenté en 2008 de 12 % en moyenne. Mais à cela on ne touche pas, pas plus qu’on ne touche au bouclier fiscal. La crise n’est pas pour tout le monde.

Il est possible pourtant d’y faire face. Avec des salaires en hausse, des moratoires sur les plans de licenciements, avec un bouclier social pour les plus atteints, avec la relance du logement social… Il ne faut pas compter sur ce pouvoir, ce conseil d’administration du capitalisme pour s’y convertir, mais sur l’action des salariés, des rassemblements à gauche, où l’on a mieux à faire que de compter des bulletins pour organiser les résistances et des alternatives.