Le premier ministre feint de jouer la carte du réalisme. L’an dernier, déjà, alors que le gouvernement s’apprêtait à tailler sévèrement dans les dépenses publiques de l’État en 2008, François Fillon avait déclaré : « Je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite sur le plan financier. » La petite phrase servait la politique qu’il entendait mener : la rigueur. Aujourd’hui, le scénario est identique, faire accepter les économies drastiques sur les dépenses publiques et les nouveaux prélèvements mais sans toucher aux plus riches, les 235 000 Français épargnés par le bouclier fiscal.

Nouvelle polémique sur l’ISF

Pire, la ministre de l’Économie envisage de faire de nouveaux cadeaux à ces privilégiés. Dans un entretien au quotidien économique la Tribune, lundi, Christine Lagarde déclarait : « Nous avons constaté (…) que l’imposition du patrimoine (3 % du PIB) était bien supérieure à la moyenne européenne, à la différence de l’imposition des revenus du capital, qui apparaît, à l’inverse, la plus faible. Je ferai prochainement d’autres propositions au président de la République pour rééquilibrer notre fiscalité et la rapprocher de la moyenne européenne. » À la question de savoir si l’ISF sera concerné, elle répondait : « C’est une possibilité. On en débattra sans doute pendant la discussion budgétaire. »

Une annonce aussitôt démentie par le premier ministre : « Une réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) n’est pas à l’ordre du jour », affirmait alors François Fillon sur Europe 1. « Nous avons fait une réforme, on a mis en place le bouclier fiscal à 50 %. (…) On n’ira pas plus loin », a-t-il précisé.

La réaction du MEDEF n’a pas tardé. « Plus j’observe ce qui se passe dans notre pays, plus je vois que cet impôt, qui a une valeur symbolique très forte, est en réalité une catastrophe économique. Je le dis très clairement aujourd’hui, oui, il serait sain de supprimer l’ISF », a jugé Laurence Parisot, présidente du mouvement patronal.

Après les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux au titre du paquet fiscal, la suppression de l’ISF entraînerait un manque à gagner pour 2008 de 4,2 milliards d’euros, Soit 1,5 % du budget de l’État. Dans le même temps, le gouvernement a multiplié les taxes : franchise médicale, augmentation de la cotisation retraite, taxes sur les mutuelles, sur les opérateurs de téléphonie et les fournisseurs d’accès à Internet. Auxquelles s’ajoutent les futurs prélèvements sur la participation ou sur la vente de poisson.

Toujours dans le domaine fiscal, Christine Lagarde et François Fillon, parlant cette fois à l’unisson, ont confirmé la suppression sur trois ans de l’imposition forfaitaire annuelle (IFA) des entreprises afin « de restaurer la compétitivité des PME ». Une réforme dont le coût pour les finances publiques est estimé à 1,3 milliard d’euros. La taxe professionnelle est également dans le collimateur, des propositions devant être annoncées au début 2009.

Pris en étau, depuis l’annonce par le chef de l’État d’une taxe à 1,1 % sur le patrimoine pour financer le RSA, entre la levée de bouclier, du patronat et d’une partie des rangs de l’UMP, et l’opinion qui ne comprendrait pas qu’on exonère de nouveau les plus riches, le gouvernement souffle le chaud et le froid. En attendant.