Le père de Julien Le Pahun, l’un des dix soldats tués lundi lors de combats contre les taliban en Afghanistan, est un homme en colère : "Il faut que le gouvernement arrête d’envoyer des enfants se faire tuer, a-t-il déclaré, se faire trucider dans un stand de tir organisé car pour une première mission, c’était mission impossible". Dévoilant que les soldats envoyés en Afghanistan pouvaient être des soldats novices, "qui n’ont qu’un an de formation, expédiés sur un front qui est horrible".

Le père de Julien, qui allait avoir 20 ans mercredi, insiste : "protégeons les autres enfants pour que ça ne se reproduise plus jamais et envoyons plutôt des troupes aguerries".

Il "ne compte pas en rester là" et entend demander au président de la République Nicolas Sarkozy "d’expliquer ce qui s’est réellement passé car il y a beaucoup de questions".

Car Joël Le Pahun révèle le climat dans lequel vivent les soldats : "Je l’appelais quasiment tous les jours. Il avait très peur et la dernière fois que je l’ai entendu vendredi il m’a raconté qu’ils étaient passés dans un corridor et que s’il y avait eu des taliban, ils seraient tous morts. Je pense que c’est ce qui s’est passé lundi".

Au-delà, Joël Le Pahun effectue une lecture plus large de l’engagement français en Afghanistan. "Nous n’avons pas les mêmes intérêts économiques que les Etats-Unis pour justifier notre présence en Afghanistan, alors pourquoi sommes-nous le suppôt des Américains ?"

Des témoignages de soldats accablants

Dans le journal Le Monde, d’autres soldats blessés lors de l’embuscade de Saroubi dénoncent des erreurs de commandement sous couvert de l’anonymat. Selon ces témoignages recueillis, le nombre des victimes s’expliquerait par "la lenteur de la réaction du commandement et de sérieux problèmes de coordination." L’unité de reconnaissance chargée d’approcher le col à pied "est restée sous le feu ennemi pendant près de quatre heures sans renfort", raconte un soldat.

Le quotidien ajoute que les frappes aériennes de l’Otan visant à permettre aux soldats de s’extraire du guet-apens ont parfois raté leur cible et "touché des soldats français." Pour le Monde, contrairement à la version officielle, les victimes ne sont pas toutes mortes lors des premiers tirs ennemis mais "au fil des affrontements."

La hiérarchie militaire fait bloc

Leur hiérachie sur le terrain invite à prendre du recul avant de tirer une telle conclusion. "Il est vraiment facile de juger de très loin dans son fauteuil. Il faut prendre le déroulement de toute l’opération dans le détail, à tête reposée", répond le lieutenant-colonel Bruno Louisfert, adjoint à la communication du général Michel Stollsteiner, commandant de la région de Kaboul. Selon lui, les soldats cités par le quotidien n’ont peut-être pas une vision globale des événements."Les gens arrivent, c’est extrêmement violent, extrêmement difficile, extrêmement fatigant. Ils ont une vision très parcellaire des choses et parfois contradictoire".

Mardi, le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées, avait estimé lors d’une conférence de presse à Paris "qu’il n’y avait pas eu d’erreurs des soldats sur le terrain."

De son côté, le colonel Jacques Aragonès, patron du 8e RPIMa dont 8 soldats ont été tués lundi dans une embuscade à l’est de Kaboul, a assuré mercredi que ses hommes "étaient prêts et plus que prêts" pour

assurer leur mission en Afghanistan."Je ne connais pas d’unité de l’armée française qui se soit mieux préparée que nous", a-t-il renchéri, précisant que les hommes de son régiment avaient reçu une "préparation spécifique" de six mois avant d’être déployés en Afghanistan.

Cependant, l’officier admet qu’il était, avant de partir, "intimement persuadé que tous ne reviendraient pas vivants de cette mission".