Dix parachutistes français ont été tués en Afghanistan lors d’une embuscade à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Kaboul.

Il s’agit de la plus grosse perte enregistrée dans les rangs de forces françaises depuis le début de leur intervention en Afghanistan, en 2001.

Les soldats étaient engagés dans un violent combat, qui a éclaté lundi, avec des talibans. Vingt-et-un autres militaires français ont été blessés.

Les victimes appartiennent au 8e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMA), basé à Castres (Tarn).

N.Sarkozy : "continuer le travail"

Le président français Nicolas Sarkozy s’est rendu mercredi à Kaboul où il a rendu hommage aux dix soldats français tués.

Le chef de l’Etat, accompagné du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et du ministre de la Défense Hervé Morin, est arrivé à 08H00 (03H30 GMT) à l’aéroport de Kaboul, et s’est aussitôt rendu en hélicoptère au camp Warehouse, quartier général du commandement régional de Kaboul de la Force internationale d’assistance à la sécurité de l’Otan.

Là, dans la banlieue de Kaboul, Nicolas Sarkozy s’est adressé aux militaires français réunis sur la place d’armes en leur demandant de "continuer le travail" et de "relever la tête", au nom du "combat contre le terrorisme" et la "liberté du monde".

Effectifs renforcés depuis août

L’armée française compte près de 1.800 hommes à Kaboul, où elle a pris le 5 août le commandement de la région "capitale", l’un des cinq secteurs définis par l’Otan en Afghanistan, aux côtés de soldats turcs et italiens.

Nicolas Sarkozy avait annoncé en avril, lors du sommet de l’Otan, le renforcement des effectifs militaires français en Afghanistan, décision vivement critiquée par l’opposition.

Quelque 700 soldats ont été déployés cet été dans la province de Kapisa, qui contrôle un accès stratégique à la capitale et où les insurgés sont bien implantés, dans le cadre des renforts promis par la France au sommet de l’Otan de Bucarest en avril.

Au total, environ 3.000 militaires français sont actuellement engagés en Afghanistan, au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) de l’Otan, principalement à Kaboul et dans la province de Kapisa, au nord-est de la capitale.

68% des Français opposés à cet engagement

Nicolas Sarkozy avait annoncé le renforcement des effectifs militaires français en Afghanistan devant le Parlement britannique le 26 mars, lors d’une visite d’État au Royaume-Uni.

L’envoi de 700 hommes supplémentaires dans l’Est afghan, confirmée officiellement lors du sommet de l’Otan à Bucarest, le 3 avril, avait été vivement critiquée par l’opposition française, qui s’inquiétait d’un enlisement dans un "nouveau Vietnam".

A l’époque, 68% des Français se déclaraient hostiles à cette décision.

Durant la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait pourtant affirmé que l’armée française n’avait pas vocation à rester "indéfiniment" sur le sol afghan. Le 26 avril 2007, dans l’entre-deux-tours, il déclarait sur France 2 : "La présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive".

Le discours a changé au nom de la "realpolitik" - un atlantisme jugé excessif par l’opposition - et d’une volonté de réintégrer la France dans le commandement intégré de l’Otan, qu’elle a quitté en 1966.

Les militaires français visés par l’embuscade avaient relevé les forces américaines de la 101e division aéroportée américaine (101st Airborne Division) en juillet dernier, selon une source militaire française. La France a pris par ailleurs le commandement de la région de Kaboul le 6 août.

Il s’agit de la perte la plus lourde enregistrée dans les rangs français en Afghanistan depuis le début de l’intervention alliée contre les taliban, fin 2001. La France déplorait jusqu’à présent 13 morts, depuis 2002.