"Je n’ai pas le sentiment que ce qui est proposé par le gouvernement soit une surprise". En effet, on ne peut pas reprocher au gouvernement et Luc Chatel, son porte-parole, d’avoir caché la volonté de remettre en cause la durée légale du travail en France. "Aller plus loin dans l’assouplissement" des 35 heures, est pour Luc Chatel "un choix politique fort parce que l’économie française en a besoin". "Les 35 heures, c’était un carcan épouvantable que tous ont dénoncé. Eh bien, nous, nous maintenons la durée légale mais nous (…) donnons la possibilité à des partenaires sociaux de négocier entreprise par entreprise", "sous la responsabilité des partenaires sociaux", a-t-il insisté.

Les syndicats, mais aussi le Medef fâché de voir ainsi l’avant-projet de loi sur la démocratie sociale parasité par le passage sur les 35 heures, ont fait part de leur mécontentement, la CFDT parlant de "provocation" et la CGT dénonçant la "méthode malhonnête du gouvernement", qui vise, selon elle, "à tenter de présenter la déréglementation sur le temps de travail sous couvert d’un accord passé avec les syndicats".

Même la présidente du Medef, Laurence Parisot, a demandé mercredi au gouvernement de "respecter le travail des partenaires sociaux".

Pour Luc Chatel, l’avant-projet de loi est "la reprise mot pour mot" de la position commune négociée pied à pied entre syndicats et patronat. Problème, ce n’est pas ce que dit le ministre du Travail Xavier Bertrand qui a déclaré qu’il "assumait" sa décision d’outrepasser la "position commune" sur la représentativité syndicale récemment signée par la CGT, la CFDT, le Medef et la CGPME, en modifiant le volet qui concerne le temps de travail.
La ministre de l’Economie Christine Lagarde en a rajouté dans la provocation et a estimé jeudi sur France Inter que les critiques des syndicats (CGT, CFDT) et du patronat (Medef) sur les projets du gouvernement concernant les 35 heures pouvaient être considérées comme "un bon début de négociation".

"Le gouvernement organise la fin des 35 heures dans la réalité", s’en indigne François Chérèque (CFDT) dans le Monde daté de vendredi. "C’est un affront ou un défi, en tout cas une provocation".

Le porte-parole du PS, Julien Dray, a dénoncé un retour en arrière "comme jamais". "Régulièrement quand il a un problème, quand il est dans l’impasse, quand il ne sait pas quoi faire, Nicolas Sarkozy rallume la querelle des 35 heures".

Xavier Bertrand doit recevoir jeudi et vendredi les organisations syndicales et boucler ce week-end son projet, qui doit passer au Parlement en juillet.

Ambiance garantie.