Lundi, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, avait annoncé aux syndicats ses intentions : décision, ne souffrant selon lui aucune discussion, d’un nouvel allongement de la durée de cotisation à quarante et un ans d’ici à 2012 ; rejet, sans plus de débat, de toutes les demandes syndicales touchant au niveau des pensions ; ignorance de toutes leurs propositions tendant à garantir le financement de la retraite sans passer par des sacrifices pour les assurés… Un seul point était offert à la « concertation » : les mesures pour relever le taux d’emploi des seniors. Fort, hélas ! de l’expérience de 2003 - où François Fillon avait pu jouer de la division syndicale pour imposer sa réforme -, Xavier Bertrand pensait pouvoir à nouveau compter sur les divergences, réelles, entre confédérations pour réaliser son plan. Celles-ci lui ont infligé, mardi, un premier démenti : après deux heures de discussion entre leurs responsables retraite, la CGT, la CFDT, la CFTC, la CGC et FO ont décidé d’appeler à une journée nationale interprofessionnelle d’action et de manifestations le 22 mai « pour la défense de la retraite solidaire ».

Les cinq syndicats sont parvenus à surmonter leurs désaccords portant tant sur la forme de la mobilisation que sur le fond du dossier. On sait, s’agissant de la durée de cotisation, que FO, comme l’a rappelé Jean-Claude Mailly, revendique « le blocage des compteurs à quarante ans », alors que la CFDT n’est pas hostile au principe d’un nouvel allongement mais le juge inacceptable en l’état actuel de l’emploi.

Qui peut le plus peut le moins : c’est bien contre le choix gouvernemental du passage aux quarante et un ans d’ici à 2012 que les cinq organisations engagent une mobilisation commune. Au-delà, ce qui les unit, c’est la condamnation du « blocage » par le gouvernement de l’ensemble de leurs propositions sur le dossier. Du niveau des pensions aux ressources financières des régimes, en passant par la reconnaissance de la pénibilité, les « cinq » ont en effet avancé nombre de pistes de réforme, pour beaucoup convergentes, qui ont été sèchement recalées par Xavier Bertrand.

Mardi soir, à l’issue de la réunion intersyndicale, Jean-Christophe Le Duigou (CGT) soulignait : « Cette mobilisation du 22 mai est pour la CGT essentielle dans la constitution d’un rapport de forces vis-à-vis d’un gouvernement qui croyait pouvoir passer cette échéance sans avoir à affronter les revendications des salariés. » « Il croyait jouer sur la division, ajoutait-il. On se retrouve sur des objectifs essentiels qui recueillent un large assentiment des salariés. »

Jean-Louis Malys, de la CFDT, rappelait : « On sait pertinemment que, les uns et les autres, nous avons une appréciation différente sur le dossier des retraites. Ce qui est important, c’est qu’on a trouvé un certain nombre de priorités convergentes. » Et d’insister : « Il y a des divergences qui sont réelles, mais on peut vivre avec, et même se battre. »

L’unité a pu se faire aussi sur la date de l’action. Au motif de ne pas mélanger les revendications, la CFDT avait refusé la proposition initiale de FO de greffer les retraites sur la journée d’action du 15 mai, déjà décidée dans la fonction publique contre les suppressions d’emplois. Le choix de la date du jeudi 22 mai pour la défense des retraites a finalement fait l’unanimité. Mercredi, trois autres syndicats, la FSU, l’Unsa et Solidaires, ont fait savoir qu’ils se joignaient à cette mobilisation, qui se traduira par des manifestations mais aussi, selon les décisions prises à l’échelle des départements, des branches et des entreprises, par des arrêts de travail.

Seul le Medef se retrouve aujourd’hui, sans surprise, derrière le gouvernement pour approuver le passage aux quarante et un ans, Mme Parisot réclamant même le report de l’âge légal de départ à soixante-deux ans pour, dit-elle, « commencer à rééquilibrer » les retraites. Traduire : pour empêcher le prélèvement sur les profits du moindre fifrelin supplémentaire afin de financer cet acquis social. Syndicats unis contre gouvernement et Medef main dans la main, la bataille est bien lancée.