Le président était attendu sur le pouvoir d’achat. Première préoccupation des Français, cette question avait été l’image de marque dont s’était paré le candidat de l’UMP tout au long de sa campagne. Mais les promesses n’engageant que ceux qui les croient, celle-ci ne tarda pas à rejoindre les tiroirs des engagements reniés.

Un an après, en plein état de choc de défiance après des élections locales qui ont coûté leurs postes à nombre de maires de droite, Nicolas Sarkozy est apparu en panne de mots - sans parler d’idées ! - capables de faire illusion à des Français devenus plus incrédules. La communication avait atteint ses limites. Arrogant et presque pathétique, le chef de l’État a tenté une fois de plus de culpabiliser ses concitoyens : s’ils ne gagnent assez, c’est parce qu’« on ne travaille pas assez en France ». Faites des heures sup, achetez moins cher, c’est un peu court, Monsieur le président. Dans toute la France, en ce mois d’avril finissant, de nombreux conflits sociaux portent sur les salaires. Revendication d’autant plus naturelle que la hausse des prix alimentaires tourne au drame pour des millions de petits retraités, de travailleurs pauvres, dont le nombre ne cesse de croître.

Le président de la République ne veut pas entendre parler d’une « hausse générale des salaires » qui fâcherait ses amis du MEDEF. Et pourtant, l’une des raisons majeures de la crise trouve sa source dans l’iniquité de la redistribution entre salaires et profit, en faveur du profit, souligne un rapport de l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE), qui se prononce pour une augmentation des salaires.

Cent minutes sans convaincre, mais cent minutes pour donner envie de lutter. Aux chômeurs auxquels le président présente comme une offre valable d’emploi un poste sous-payé à deux heures de leur domicile. Aux militants de la réinsertion sociale qui ont appris que le RSA serait en partie financé sur les fonds de la prime pour l’emploi. Aux salariés pauvres de payer pour les plus pauvres ! Vive la solidarité à la mode sarkozyenne et les bénéficiaires du paquet fiscal pourront prospérer en paix.

Elles donnent envie de lutter aux lycéens, aux enseignants, à l’ensemble des travailleurs de la fonction publique. Pour ceux qui croyaient que les réformes servent à améliorer une situation insatisfaisante, l’aveu présidentiel se charge, dans tout son cynisme, de les ramener à la réalité : « Il faut continuer les réformes qui permettront la réduction des postes. » Cette logique de la tronçonneuse vaut pour tous les fonctionnaires promis à l’élagage à raison de 30 000 par an. Le 15 mai prochain, tous ensemble, ces travailleurs de l’intérêt public se feront entendre à l’appel de cinq fédérations.

Elles donnent envie de lutter à l’ensemble du monde du travail, à qui ce gouvernement n’offre comme perspective qu’un allongement des cotisations ouvrant le droit à la retraite. Chacun commence à mesurer la raison non avouée de la « réforme » : l’abaissement du niveau des retraites à taux plein, puisque l’entrée plus tardive dans la vie active rend de plus en plus hypothétique la possibilité d’accumuler 41 ans de cotisation, alors que dans la moyenne la vie professionnelle s’achève autour de 58 ans.

Cent minutes pour donner envie de lutter pour la dignité des travailleurs immigrés en quête de régularisation stigmatisés par un président décontenancé.

Nicolas Sarkozy a, à son corps défendant, peut-être, donné le ton au mois de mai.