On ne peut dire plus clairement à quel point M. Sarkozy tente de tromper le peuple en prétendant qu'il aurait fait la synthèse entre partisans et adversaires du projet de constitution euro­péenne, rejeté fortement par les peuples français et néerlandais. La chancelière d'Allemagne s'est, elle aussi, réjouie que le nouveau traité reprenne « la substance de la constitution ».

Ainsi donc le président de la République française, qui n'a­vait cessé, durant la campagne électorale présidentielle, de promettre qu'il allait faire respecter la volonté du peuple français, n'a fait qu'accepter « la substance» d'un texte que ce même peuple avait massive­ment rejeté.

Dans ces conditions, il ne peut affirmer sans cesse que son élection à la présidence de la République lui donne les mains libres pour réinterpréter la volonté du peuple français. Il s'agit d'un tour de passe-passe visant à contourner le processus démocratique par lequel le projet de constitution a été rejeté. Ce serait acter le fait du prince, bafouant l'expression du souverain que constitue seul le peuple..

La partie européenne de son programme électoral évoquait bien l'idée d'un « traité simplifié ». Mais ce qui est proposé aujourd'hui n'a rien à voir avec cela. Il s'agit d'un traité « modificatif ». Un document de 256 pages, illisible même pour de bons juristes, modifiant les traités existants. Il s'agit de ren­forcer les caractères: ultralibéral de la construction euro­péenne avec le principe de concurrence accentué; antidémo­cratique avec les pleins pouvoirs donnés à la Commission et à la Banque centrale européenne; militarisé et inséré dans l'OTAN; antisolidaire avec la mise en cause des services publics, des systèmes de protection sociale et de retraite.

Exactement les orientations que le peuple a déjà rejetées.

Pour véri­fier s'il maintient son opinion, il faut donc le reconsulter aujourd'hui. Et le divorce qu'il ressent de plus en plus entre les paroles sar­kozystes et la réalité de la vie quotidienne ne le conduirait sans doute pas à changer d'opinion. Que valent les imprécations du monarque élyséen contre l'euro fort puisque la monnaie euro­péenne a augmenté de 10 centimes par rapport au dollar depuis qu'il a été élu? A-t-il menti ou est-il impuissant à modi­fier quoi que ce soit? En attendant ce sont les travailleurs qui trinquent. La gestion de la monnaie unique par la Banque cen­trale joue contre la croissance et contre l'emploi. Dassault Aviation et EADS envisagent de délocaliser des activités dans les zones dollar à cause de cet euro fort. L’austérité qui s'ap­plique avec le refus d'augmen­ter les salaires, avec les attaques contre nos systèmes de protection sociale et de retraite, contre les services publics ou la carte des tribu­naux n'est-elle pas le fruit de l'application zélée des directi­ves européennes édictées par la Banque centrale européenne et ce fameux pacte dit de stabi­lité? D'ailleurs, si M. Sarkozy était si sûr de ses arguments, il organiserait le débat public et convoquerait un référendum.

Pour faire adopter ce traité, le président de la République devra convoquer le Parlement en Congrès pour modifier la Cons­titution française.

Une majorité de parlementaires ont soutenu des candidats à l'élection pré­sidentielle qui, par-delà leurs opinions sur la Constitution ou le nouveau traité, avaient affirmé que celui-ci ne pour­rait être adopté que par la voie d'un référendum. Ils ne peu­vent aujourd'hui piétiner leur propre parole et fouler la démo­cratie au pied. Au nom de la séparation des pouvoirs, ils commettraient une faute en permettant au président de la République de déclarer nul et de nul effet un vote référendaire aussi clair que celui du 29 mai 2005.

Ce serait un violent et pro­fond coup de couteau porté au cœur de notre démocratie. Ce serait accentuer le discrédit sur l'idée même de construction européenne dont une nouvelle fois les peuples feraient l'amère expérience qu'elle se fait sans eux et contre eux. Seul le peuple est souverain.

Au-delà de l'opinion que l'on porte sur le nouveau traité, la démocra­tie commande de faire vivre cette souveraineté. Seul un débat clair, approfondi sur le texte, sanctionné par un référendum, le per­met. La mobilisation la plus large, la plus unitaire possible de tous les démocrates pour l'obtenir peut empêcher le déni de démocratie qui se prépare.