Peut-on se passer de la grève ?
Par Régis TRILLES le lundi 26 novembre 2007, 16:24 - Sarko/Bayrou - Lien permanent
Rappel des faits : Le recours au conflit social n'est jamais un acte anodin. Il est un droit constitutionnel. Pourtant remis en cause par les discours ambiants...
Dans son discours de stratégie sociale le 18 septembre, Nicolas Sarkozy déclare: «La priorité, c'est de traiter les régimes spéciaux ».
D'emblée, l'objectif est fixé: « La convergence avec les autres régimes de retraite est inéluctable », assène le chef de l'Etat, qui demande à son ministre du Travail d'établir « en quinze jours » des « principes communs d'harmonisation ».
Les syndicats sont invités à «négocier » mais ils n'ont mot à dire sur l'essentiel: le passage de 37,5 à 40 années de cotisation, l'instauration d'un système de décote, sorte de malus pour les salariés qui n'ont pas cotisé assez longtemps, l'indexation des pensions sur les prix non plus sur les salaires, système beaucoup moins favorable, et l'instauration d'un double statut pénalisant les jeunes embauchés.
Les salariés font leurs comptes: «Partir plustard avec une plus petite pension », cela n'est pas acceptable. La grève devient inévitable.
Mais les 500000 agents concernés, cheminots, agents RATP, de EDF, de GDF ou techniciens de l'Opéra de Paris, savent leur requête minoritaire dans l'opinion publique.
L'utilisation de la grève n'est, dans ce contexte, pas sans risque. Les syndicats ont conscience du piège qui leur est tendu de s'enfermer dans un mouvement qui pourrait être perçu comme corporatiste.
Sans cesser d'appeler à «négocier sans préalable », ils se mettent d'accord pour activer le tocsin, une journée, en appelant à une «grève carrée », le 18 octobre.
80 % de grévistes à EDF, 75 % à la SNCF, 70 % à la RATP. Le succès dépasse les espérances. Le gouvernement doit faire un geste. Il assouplit la décote, mais reste inflexible sur l'essentiel.
Entre-temps, un comité d'experts confirme ce que ne cessent de répéter les syndicats: l'objectif est bien de programmer un nouvel allongement de la durée de cotisation pour tous dès 2008. C'est, du reste, ce que réclame Ie MEDEF.
Nicolas Sarkozy se paye le luxe d’un face-à-face avec des cheminots, en Seine-Saint-Denis, répète qu' « en démocratie, ce n'est pas la rue qui décide ».
Dans ces conditions, les syndicats dans les entreprises refusent de négocier tant que le cadre général de la réforme est inchangé. C'est le blocage.
La grève repart le 14 novembre, cette fois-ci dans un mouvement reconductible.
La CGT propose de négocier dans les entreprises, mais en présence de l'Etat. Le gouvernement doit s'y résigner. La CFDT, la première, appelle à la suspension de la grève... qui continue.
Les assemblées générales n'ont accepté de voter la reprise du travail, ce week end, qu’après avoir obtenu la possibilité de discuter aussi du cadre général de la réforme.
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