Nicolas Sarkozy y exposait ses appétits pour l'école (l'Humanité du 5 sep­tembre). Elles(2) lui formu­lent les leurs. Ce n'est pas, à proprement parler, une ré­ponse du berger à la bergère. Plutôt une mise au point, afin que tout soit clair quant aux objectifs visés par les uns et les autres.

«La lettre de M. Sarkozy dit tout et son contraire», explique Jean-Jacques Hazan, secrétaire général de la FCPE, désigné pour expo­ser la démarche à la presse. «On ne peut qu'être d'ac­cord avec lui lorsqu'il dé­plore les inégalités scolaires et le déterminisme social. " De même l’ambition affichée par le gouvernement de mener 50 % d'une classe d'âge au niveau bac + 3 est-­elle de celle à laquelle adhè­rent les organisations.

Banco, donc, pour une trans­formation de l'école garan­tissant la réussite des jeunes, affirment-elles... Encore faut-il s'entendre sur les mots et la façon de les mettre en œuvre.

«Tout le monde n'a pas la même notion de la réussite », relevait Dominique Guy, secrétaire générale du CRAP-Cahiers pédagogiques. «Par exemple, nous estimons qu'il ne suffit pas de mettre trois jeunes de ZEP en classe prépa à Henri-IV pour assu­rer la démocratisation », dé­nonçait-elle, faisant réfé­rence aux politiques d'égalité des chances impulsées ces dernières années. «Nicolas Sarkozy parle de garantir un niveau minimal à l'entrée en sixième, relevait encore Jean ­Jacques Hazan. Mais comment ? Via un examen ? un concours ?

Idem concernant la réforme du collège unique, «dont on ne sait ni où elle va ni comment ".

La missive des éducateurs dresse ainsi une liste de contradictions flottant entre les ambitions affichées et les mesures engagées.

"Égalité des chances" ou "ambition réussite", ces grands mots ne peuvent tenir lieu de politique de transformation démocratique de l'école, écri­vent les signataires. Au contraire, « réduire l’offre d'enseignement pour tous, li­béraliser la carte scolaire pour laisser se développer des ghettos scolaires, annoncer un collège éclaté, favoriser l'école privée, c'est menacer gravement le service public. " .

Ni sélection précoce, ni moyens amputés, mais « d'autres choix, un autre budget, une autre politique », exigent les organisations.

Et d'insister, au moment même où le gouvernement fi­nalisait son projet de budget 2008, sur le record «triste­ment historique» que celui ­ci s'apprête à exploser: 11200 postes supprimés dans l’éducation.

La promesse d'en­core « plus de précarité, de difficultés, pour tous, per­sonnels, familles, élèves », selon les signataires.

 Questions budgétaires mises à part, il n'est pas ha­bituel de les voir signer com­munément une telle lettre. Un consensus construit en laissant de côté les sujets po­lémiques - par exemple le socle commun de connais­sances - et à partir de lec­tures divergentes, en certains points, de la lettre du prési­dent.

Mais un consensus ren­forcé autour d'un principe irrévocable

pour toutes: l'af­firmation que tous les jeunes sont capables

de réussir et qu'une école qui en laisse sur le carreau est

une école qui faillit à sa tâche.

(1)Distribuée dans les établissements, il est possible

 de la signer en ligne sur le site :

http://www.lettreouverteaupresident.org/?petition=1>

 

Liste des organisations signataires : Cé,  FAEN, FERC-CGT,

FlDL, FSU, GFEN,ICEM-Pédagie Freinet,

 Ligue de l'enseignement, SGEN, UNEF, UNL,

CRAP-Cahiers pédagogiques, UNSA éducation