Le secrétaire général de la CFDT, François Ché­rèque, déclare dans un en­tretien au Monde daté d'au­jourd'hui, vivre «comme une provocation» les déclarations de François Fillon sur les re­traites. Le premier ministre a estimé, mardi, que des « ajus­tements » étaient probables concernant le dispositif «car­rières longues» qui a permis à 500 000 salariés qui ont com­mencé de travailler très jeunes de partir en retraite avant soixante ans.

La CFDT avait approuvé la réforme de 2003 en échange de cette mesure, ju­gée aujourd'hui trop coûteuse par le chef du gouvernement, et de la promesse d'ouvrir des négociations sur la reconnais­sance de la pénibilité du tra­vail. MEDEF et gouverne­ment ayant freiné des quatre fers, cette négociation, com­mencée avec un an et demi de retard, a été suspendue un an, avant de reprendre début avril.

Lors d'une séance qui a eu lieu hier, la CFDT et la CGT ont demandé que les discussions soit achevées avant la fin de l'année, date du rendez-vous prévu sur les re­traites. Si le gouvernement « touche à ces éléments, la CFDT s'opposera à la ré­forme ", prévient François Chérèque.

La centrale risque de se retrouver dans une situa­tion embarrassante si les deux contreparties qui ont amené sa signature au bas d'un texte qui lui a coûté si cher sont aujourd'hui remises en cause. Plu­sieurs dizaines de milliers de militants ont quitté la CFDT suite à son acceptation de la ré­forme de 2003 qui a allongé la durée de cotisation des fonc­tionnaires de 37,5 à 40 ans et programmé un allongement progressif pour tous les sala­riés à 41 en 2012, puis 42.ans.

Mais la loi prévoyait aussi que toute nouvelle étape ne se­rait décidée qu'après examen d'un certain nombre de don­nées par le conseil d'orienta­tion sur les retraites, devant être soumis au rendez-vous prévu en 2008 avec les parte­naires sociaux.

Or le premier ministre a asséné mardi que " l'augmentation de la durée de cotisation à 41 ans n'est pas une option. elle est prévue par la loi». En martelant que le passage à 41 ans est décidé, François Fillon ne respecte donc" ni l'esprit ni la lettre de sa propre loi », dénonce la CFDT, tandis que Jean-Chris­tophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT, s'est dé­claré mardi soir " surpris que le premier ministre ne connaisse pas le texte qu'il a fait voter en 2003 ».

De son côté, la FSU, dont la partici­pation au mouvement social de 2003 contre la réforme avait été importante, consi­dère que cette annonce « ré­duit à néant l'intérêt du ren­dez-vous de 2008 ».

La fédéra­tion, majoritaire chez les enseignants, développe l'idée que« l'annonce brutale »du passage à 41 annuités constitue un « déni de réalité » , qui ne tient aucun compte de « la fa­tigue au travail ou de la santé ». Une étude de la Caisse nationale d'assurance vieillesse montre en effet que les salariés" attendent la re­traite avec impatience ".

Face à cette situation, le gouvernement prend les de­vants en présentant comme inéluctable le passage à 41annuités.

Ce faisant, le premier ministre apporte de l'eau au moulin aux syndicats et aux partis politiques de gauche qui considèrent que la rapidité avec laquelle Nicolas Sarkozy entend aligner les régimes spé­ciaux vise à préparer de nou­veaux sacrifices pour tous en 2008.