Depuis plus de vingt ans, les gouvernements qui se sont succédés n'ont abordé le formidable défi de la pérennité de notre système de retraite fondé sur la solidarité entre les générations que dans la perspective de la régression, au nom des difficultés du financement. Et c'est ainsi que furent aggravées par tranches successives les conditions d'accès à une retraite à 60 ans.

Diviser les salariés entre eux a toujours été la méthode employée par la droite.

D'abord entre les travailleurs du public et ceux du privé qui virent sous le règne de Balladur en 1993 leur durée de cotisation passer de 37,5 ans à 40 ans. En 2003, c'est en invoquant le devoir d'équité que les lois Fillon allongèrent le nombre d'annuités aux fonctionnaires. Le ministre prit soin alors d'écarter de sa réforme les régimes spécifiques.

Diviser encore, diviser toujours. Entre-temps, en 1995 Alain Juppé, tout droit dans ses bottes qu'il fût, avait pourtant cassé son sabre dans son assaut contre les cheminots. L'opinion publique s'était pleinement retrouvée dans leur combat - on avait alors parlé de grève par procuration - dont l'enjeu concernait tous les salariés.

L'enjeu reste fondamentalement le même aujourd'hui. La suppression des acquis de quelque 500000 salariés, qui se traduirait par 0,1 % (!) d'économie, faciliterait la tâche au gouvernement pour faire reculer à nouveau tous les droits des autres salariés et faire reporter l'âge de la retraite à 62 ans ou plus, comme le réclame le MEDEF.

L'espérance de vie augmente. Les salariés devraient-ils s'en excuser, en oublier même les notions. de pénibilité du travaiI ? En vérité, le gouvernement conduit le système des retraites dans une impasse en ne posant pas la question du financement.

Faute de vouloir augmenter les cotisations patronale pour ne pas déplaire au MEDEF, il privilégie l'allongement des annuités et la pression sur les pensions.

En d'autres termes, les réformes Fillon offrent aux salariés l'enthousiasmante perspective d'être plus vieux et plus pauvres à l'heure de la retraite.

Et les régimes spéciaux.n 'y sont vraiment pour rien !