Violence
Par Régis TRILLES le jeudi 31 mai 2007, 19:42 - France d'après - Lien permanent
« On parle souvent de la violence du fleuve mais on ne dit rien de la violence des rives qui l’enserrent »écrivait en substance Bertolt Brecht. Nicolas Sarkozy a beaucoup instrumentalisé « l’insécurité » mais il ne dit rien de la violence de la société qu'il prépare.
Nicolas Sarkozy manipule délibérément les symboles.
Il sait, comme nombre d'entre nous, comme ses amis très proches des plus grands médias, que nombre de jeunes, aujourd'hui, Star"Ac et téléréalité aidant, ont soif d’une réussite rapide, celle des stars du show-biz, à laquelle chacun d'entre eux aurait droit.
Et là aussi, il y a violence. Elle est dans le formidable décalage entre ce rêve, entretenu, mis en scène, flatté, et la réalité vécue jour après jour. Le manque d'argent, la vie dure, le travail sans intérêt ni perspectives, la difficulté, voire l'impossibilité à se loger, à fonder une famille.
Il y a de la violence dans le slogan fétiche du nouveau président, «Travailler plus pour gagner plus ». Car s'il entend incarner cette droite totalement décomplexée qui n'hésite plus à servir les riches - au nom du mérite! - il invite les caissières des grandes surfaces, les ouvrières et les ouvriers des chaînes, les femmes de ménage qui passent des heures dans les transports pour cirer les surfaces des bureaux de la Défense à faire davantage d'heures pour gagner une poignée d'euros de plus.
Il y a violence quand l'un des tout premiers actes annoncés du gouvernement sera la création d'un bouclier fiscal dont l'unique but est de protéger les fortunes.
Le président saute d'un avion dans un autre. Le président fait du jogging et surjoue l'homme pressé, de réussir bien sûr, de faire tout ce qu'il a promis. Mais quoi? Mise en cause du droit de grève au travers du service minimum. Licenciements facilités avec le contrat unique. Appels systématiques aux financements privés pour les établissements culturels et les universités avec obligation de résultats, création pour ces dernières de filières sélectives, notamment par la hausse, aujourd'hui en sourdine mais toujours en projet, des droits d'inscription...
Les projets répressifs qui devraient entrer en vigueur dès cet été sont en cohérence avec cette politique. Ils ne visent pas la délinquance en jet privé et en limousine.
« Il y a pire que braquer une banque. En fonder une, » disait encore Brecht. Non; ses projets visent la délinquance que génère l'insécurité de la vie. Tous les éducateurs et les sociologues savent que la prison appelle la prison, qu'un jeune qui en a subi, oui, c’est encore le mot, la violence, en sort pour partie détruit. Mais qu'importe. On fait mine de croire que c'est ce qu'attend le peuple et ce qui sera efficace. Et pour faire peur, on agite les menaces dès délinquants sexuels. D’autant plus récidivistes et non rééducables que leurs perversions, qui font frémir dans les pavillons, seraient génétiques.
Le président l'a dit.
Les prisons françaises, on le sait; sont une honte. Il y manque des médecins, des éducateurs. Les moyens mis en œuvre pour la réinsertion sont dérisoires. Mais parce qu’il sait que sa politique va être violente, ce n’est pas à cela que le président veut répondre. Il dresse des digues autour de ceux qu’elle va frapper.
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