Ils se sont choisis comme adversaires préférés et s'entendent comme larrons en foire pour que les médias chroniquent sans trêve leurs dérapages.

Le chef du FN a franchi un degré dans l'ignoble en s'en prenant aux origines hongroises du chef de file de l'UMP, en trouvant de mauvais goût qu'il se présente:

«C'est un candidat qui vient de l'immigration, moi, je suis un candidat du terroir."

Marine, l'héritière du candidat d'extrême droite, qui ne lui cède en rien quant à la vulgarité et au racisme, s'en est prise ensuite à Cécilia, coupable de n'avoir pas une goutte de sang français dans les veines.

Théâtre d'illusions que ces invectives!

Nicolas Sarkozy ne revendique t’il pas le même fonds de commerce lorsqu'il assimile l'immigration aux moutons égorgés dans les baignoires; lance des chasses aux familles d'enfants sans papiers à la porte des écoles et brandit le Karcher?

L'escalade vise à flatter l'électorat d'extrême droite et atteint désormais des sommets.

Mais ces ferraillements de matamores ne sont pas «une guerre» mais «une compétition politique » minaude Le Pen, qui juge que le candidat UMP est quelqu'un « avec qui on peut parler» et qui «n'a pas l'aversion viscérale que Jacques Chirac prétendait avoir pour lui. » Le «véritable dialogue" ainsi ouvert présente un avantage pour l’ancien ministre de l'Intérieur, faisant de lui, fils de grand seigneur,un immigré comme ceux qu'il a fait traquer sans relâche.

Un coup d’éponge à peu de frais.

Alors, le fracas orchestré ces derniers jours, prépare-t-il de nouveaux rapports entre la droite et l'extrême droite? On sait que les Raymond Barre ou les Édouard Balladur, dans les pas desquels Nicolas Sarkozy s'inscrit, avaient des inclinations au dialogue avec le FN.

Les duettistes rêvent-ils de reproduire le second tour de 2002?

Là droite est-elle si étanche à l'idéologie d'extrême droite? La recherche des gènes de la délinquance et de la pédophilie par l'élu de Neuilly-sur-Seine aurait-elle déparé dans la bouche du milliardaire de Saint-Cloud? En adhérant au courant néo-conservateur incarné par Bush à l'échelle mondiale, Nicolas Sarkozy n'a pas seulement rallié la politique étrangère américaine. Il a confirmé son alignement sur une vision rétrograde de la société qui réactive des thématiques de l’extrême droite d'avant-guerre. Son souhait n'est pas de faire cause commune avec Le Pen mais de recycler1'extrême droite dans la grande lessive réactionnaire qu'il propose.

L'entreprise est, hélas, servie par les brouillages de positionnement auxquels la campagne a donné lieu. Ici, l'identité nationale détournée contre l’immigration; là, le drapeau national agité à contresens.

Quand Henri Emmanuelli invite à remettre au centre de la campagne les sujets sociaux, ceux qui préoccupent

au premier chef les électeurs des milieux populaires, il désigne les points où Ségolène Royal s'égare et ceux qui renverraient dans les cordes aussi bien Jean-Marie Le Pen que François Bayrou.

Les électeurs peuvent ne pas rester les spectateurs passifs du marché de dupes qui nous est proposé et remettre la politique sur ses pieds en exprimant avec force leurs idées au premier tour sans céder au mirage du «vote utile».