C'était il y a une semaine, devant la convention des pharma­ciens, réunie par la Fédéra­tion des syndicats pharmaceutiques de France. Les représentants de plusieurs candidats sont invités à répondre à leurs interpellations. Parmi eux Jean-Jacques Jégou, sénateur UDF du Val de Marne venu donc porter la parole de François Bayrou.

Rapportant les échanges, une agence de presse spé­cialisée, APM, indique d'abord qu'il a « caressé les pharmaciens dans le sens du poil », en promettant de satisfaire leurs revendications professionnelles, « le maintien d'avantages existants et l'améliora­tion de leur rémunération ». L'agence ajoute:

« Il a remporté un franc succès en promettant de trou­ver des économies dans "le gras, à l'hôpital", endroit où l'application de la tarification à l'activité doit être "accélérée" et les équipes médicales doivent "travailler plus efficace­ment". »

Pour Jean-Jacques Jégou, l'objectif serait d'économiser « une ­dizaine de milliards d'euros sur cinq ans sur les dépenses hospitalières ». Soit une baisse de 20 %.

Choquée, la Fédération Hospitalière de France (FDH), institu­tion représentant tous les hôpitaux publics, n'a pas tardé à réagir.

 « Même si le contexte électoral peut expliquer certains excès oratoires » la FHF « ne peut accepter que le représentant d'un candidat se laisse aller à des pro­pos aussi caricaturaux et mépri­sants pour l'hôpital et ses personnels ».

Dénonçant une « remise en cause injuste et blessante de la qua­lité du travail fourni par les profes­sionnels hospitaliers », la FHF ajoute, fort à propos:

« Le candi­dat de l'UDF devra expliquer à nos concitoyens quels emplois d'infir­mières, d'aides-soignants ou de médecins il compte supprimer pour atteindre cet objectif ahuris­sant de 10 milliards d'économies sur cinq ans alors que l'hôpital est déjà soumis à de fortes contraintes financières. »

Cette sortie d'un des fidèles lieu­tenants du candidat UDF éclaire spectaculairement la vraie nature de son programme, plus libéral encore, par certains aspects, que celui de Sarkozy.

A vrai dire, l'attaque ainsi portée contre l'hôpital ne surprend pas. Bayrou a promis, s’il était élu, d’interdire tout déficit des dépenses publiques. L'application d'une telle règle implique de terribles coupes claires dans les budgets publics et so­ciaux, y compris celui de la santé.

Elle passe aussi par la mise en œuvre de réformes comme celle de la tari­fication à l'activité (T2A), engagée par l'actuel gouvernement et que l'UDF veut donc« accélérer» ; or, la T2A aboutit peu à peu à gérer les hô­pitaux comme des entreprises, selon le critère de la rentabilité.

Si besoin était, les blouses blanches sont donc prévenues: la « troisième voie» de Bayrou n'est rien d'autre que celle de la casse de l’hôpital public.