
dimanche 7 février 2010
La précarité devient de plus en plus inacceptable par la majorité des français.

Par Régis TRILLES - aucun commentaire
Réquisition de logements : les français disent oui...
La question fut sans ambages, les résultats sans appel. Interrogé sur « la réquisition par les pouvoirs publics des logements privés inoccupés », 69 % des Français s’y déclarent favorables. 30 % se veulent opposés car cela constituerait « une attente au droit de propriété ». Voilà ce que révèle une enquête réalisée par l’IFOP pour l’Humanité. En filigrane apparaît la préoccupation des Français pour le logement. « Nous le savons les Français sont sensibles à ce sujet », prévient Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop. Pour lui, trois raisons expliquent des résultats si nets : « Premièrement la crise du logement, ensuite le travail des associations qui a contribué à populariser le problème des réquisitions. Enfin, le contexte actuel. Devant un tel écart de richesse entre les Français, la précarité devient de plus en plus inacceptable par la majorité d’entre eux », analyse-t-on du côté de l’Ifop.
Principal « supporter » de cette mesure donc, les jeunes. Chez les moins de 35 ans ils sont 80 %, et 84 % pour la tranche des 18-24 ans, à penser à la réquisition comme solution au mal logement. Á l’autre de bout de cette pyramide des âges, les 65 ans et plus, on remarque le plus grand nombre de réfractaires, avec 42 % d’opinions défavorables. Une situation qui s’explique « par les difficultés plus grandes pour la jeunesse à se loger », confie le directeur adjoint de l’Ifop. Concernant les activités professionnelles, là encore les retraités sont en léger recul avec 61 % d’adhérents à la réquisition alors que le chiffre culmine à 80 % chez les employés, 78 % pour les artisans ou commerçants et 75 % chez les ouvriers.
Sur l’échiquier politique, la surprise provient des rangs des sympathisants de l’UMP : ils sont 49 % à se déclarer favorables à la réquisition. Á gauche, le score est particulièrement élevé avec 80 %. Le pic est atteint par les proches du Front de gauche avec 86 % d’avis positifs. Du côté des associations, le sondage est accueilli avec « enthousiasme ».
Pour Julien Bayou, porte-parole du collectif Jeudi noir, ces résultats sont « une agréable surprise ». « Je ne m’attendais pas à un score aussi élevé », explique-t-il. Selon lui, une conclusion s’impose : « Ce sondage prouve que Nicolas Sarkozy mène une politique à l’encontre de l’intérêt général et contraire aux préoccupations des Français. Il va falloir s’intéresser sérieusement à leurs problèmes. Nous poursuivrons nos actions. »
Á la Fondation Abbé Pierre, on se veut plus prudent. Pour Patrick Doutreligne, délégué général, « ces résultats sont une bonne chose. Pour la première fois, le droit au logement est à la mesure du droit de propriété. La réquisition est une mesure forte et symbolique. Si à l’avenir elle est appliquée, attention de ne pas créer des réactions contraires, une crainte ou une frilosité chez les propriétaires qui rendrait encore plus difficiles les conditions d’accès à la location. Á la fondation, nous lions cette question avec la mise en place possible d’une taxe de vacance des logements ».
Selon Jean-Claude Amara, responsable de Droits devant ! et cofondateur de l’association Droit au logement (DAL), ces résultats confortent l’idée d’un « large consensus populaire, au-delà des clivages politiques ». Et de rappeler : « Déjà en 1990, lors de la création du DAL, nous avions le soutien des Français. Il y a une récurrence de l’opinion pour l’application de la loi de 1945 sur les réquisitions mais, hélas, aussi une récurrence des pouvoirs publics à ne pas appliquer cette loi du général de Gaulle. Qui, d’ailleurs, n’était pas réputé pour être un fervent gauchiste. » Un large consensus qui gagnerait à être relayé politiquement : « Si la gauche s’empare du débat, cela posera de grandes difficultés au gouvernement aux prochaines élections régionales », conclut Jérôme Fourquet.
Par Régis TRILLES - aucun commentaire
La République donne à chaque citoyen le droit imprescriptible de réfuter les religions…

Par Régis TRILLES - aucun commentaire
Le multiculturalisme n’est que le voile de la religion
Il est vrai qu’une certaine sous-culture américaine (bric-à-brac de recettes ultralibérales constitutives de la « pensée unique », de chansons et de films imposés par une publicité dispendieuse, de mots, de leçons de gouvernance, de pensée et de mode de vie) s’infiltre par le marché et menace les Lumières, la Révolution française et leur concept princeps : laïcité. À dix-sept ans, j’ai été scandalisé qu’un employé d’auberge de jeunesse anglais refuse d’enregistrer comme Français un de mes copains noir. J’ai mis quarante ans à comprendre ce qui lui manquait : la citoyenneté française est fondée sur l’universel, aucune considération de peau, de sang, d’ancêtres, de religion n’en ternit la netteté. Si notre pays traverse mieux la crise que ses voisins, il le doit à son État social et à sa culture, solide pôle de résistance à l’idéologie ultra-libérale.
Un certain islam se propose de modifier notre culture. Or la religion n’a rien à craindre d’une République qui garantit la liberté de tous les cultes (à condition de respecter les lois, de ne pas constituer de communautés fermées : c’est le sens de la formule « La République est une et indivisible » ; de ne pas empiéter sur le domaine de l’État comme en Italie où elle exige des privilèges par un chantage permanent), mais aussi le droit de ne pas croire, et le droit à la critique. Origine ethnique ne vaut pas pour religion : c’est ce que respecte l’islam laïque majoritaire des imams de Marseille, de Bordeaux, et de théoriciens comme Abdelwahab Meddeb.
L’islamisme vise à détruire la laïcité : allez-vous la multiculturaliser ? Pas plus que la République, elle ne se divise. Dans notre démocratie laïque, les droits sont individuels ; cette égalité de citoyenneté, absolue dans son principe, fait que notre pays est bien moins raciste que ses voisins : en France 10 % des mariages sont mixtes, 1 % en Grande-Bretagne ; 85 % des jeunes de 18 à 25 ans accepteraient de vivre avec une personne de couleur. Il n’y a pas en France d’affrontements ethniques comme en Angleterre, pas de chasse sanglante aux immigrés comme en Calabre ; 70 % des Italiens « pensent » que les immigrés sont dangereux, 82 % demandent leur expulsion (la Repubblica, mars 2009).
Ceux qui appellent de leurs vœux le multiculturalisme seraient bien en peine d’en définir les éléments autres que la religion : il n’est que le voile de la religion. La liberté de pensée s’est développée en France dans une lutte constante contre les empiétements de la religion dans le domaine public, et elle périra si cette lutte cesse sous prétexte de multiculturalisme ; le terme impropre de racisme antimusulman introduit la confusion pour entériner sa visée finale, l’interdiction pénale de toute critique de la religion, critique issue des Lumières, acquise depuis la Révolution française. L’Irlande nous rappelle que le danger est toujours actuel : le blasphème est devenu un délit. Il est vrai que les prêtres pédophiles ne blasphèment pas.
En outre, les ultralibéraux sont les alliés d’une religion « évangélique » qui suscite le meurtre (dix praticiens de l’avortement assassinés aux Etats-Unis ; fatwa du pasteur Richardson, appelant au meurtre d’Hugo Chavez) ; et, pour le libéral Sarkozy, le curé est supérieur à l’instituteur. Notre morale laïque toujours efficiente est leur cible : voyez l’Italie où elle est malingre, et où l’argent et la puissance sont l’idéal unique qui s’offre après l’abandon (antérieur à la cessation des pratiques religieuses) de la morale catholique : les jeunes ayant cessé de craindre le châtiment éternel, leurs pulsions se déchaînent, ils tombent sous la coupe de groupes racistes stimulés par la violence verbale du pouvoir berlusconien ; des violences contre les faibles et les différents, jusqu’à des meurtres à coups de pied, sont incessantes.
La République donne à chaque citoyen le droit imprescriptible de réfuter les religions : s’en plaindre est inconstitutionnel. Ne pas céder là-dessus n’est pas du fanatisme laïque, c’est défendre la liberté de penser et de dire sa pensée : c’est le sens même du mot laïque. La culture française intégrera, comme elle l’a toujours fait, des éléments venus d’autres cultures, y compris des religions. Elle est beaucoup plus menacée par cette culture pauvre nommée à tort « anglo-saxonne » que par les fragments apportés par les immigrés.
Le gouvernement français est mal placé pour défendre notre identité, car il vide la République de ses options essentielles, comme la citoyenneté (dénaturée par la chasse aux immigrés) et la laïcité, et il détruit le service public.
Les travailleurs de banlieue véhiculent et créent la culture populaire française de leurs quartiers, appauvrie du fait de l’affaiblissement des organisations ouvrières. La bourgeoisie a toujours stigmatisé les « classes dangereuses » : au début du XXe siècle elles étaient franco-françaises, de nos jours elles ont été racialisées, les « apaches » sont devenus des « racailles ».
Enfin, la mondialisation a accéléré la dénationalisation et la déculturation des bourgeoisies qui abandonnent leurs peuples pour rejoindre la dérisoire internationale des nantis.